mercredi 22 mai 2013

Et sur la Croisette...

Le Festival de Cannes poursuit son chemin. Une semaine est passée depuis l'ouverture de cette édition 2013. Lancé dans la dernière ligne droite, le petit monde du cinéma découvrira aujourd'hui les treizième et quatorzième candidats à la Palme. J'en reparlerai, bien entendu. Auparavant, il me faut dire quelques mots sur les longs-métrages présentés hier et lundi et retrouver du coup quelques visages connus.

(c) Festival de Cannes / F. Lachaume
Le premier, c'est celui de Takeshi Miike. Le cinéaste japonais faisait déjà partie des prétendants au Graal cannois il y a deux ans. Il avait alors présenté un film de samouraïs en 3D, sans succès. Il est revenu cette année avec Shield of straw, qui semble être un thriller porté sur la violence. Diffusé pour la première fois avant-hier à l'heure habituelle du petit-déjeuner, le long-métrage a, comme d'autres avant lui, suscité applaudissements et huées. Ne pas faire l'unanimité est parfois de bon augure ! J'avoue toutefois mon léger scepticisme.

(c) Festival de Cannes / F. Lachaume
Valeria Bruni-Tedeschi fait elle aussi son retour, mais la soeur aînée de Carla n'est pas venue à Cannes pour jouer de la guitare et pousser la chansonnette. Déjà passée sur la Croisette, elle participe cette fois à sa première course à la Palme en tant que réalisatrice. On notera d'ailleurs qu'elle est en fait la seule femme en compétition. Son film s'appelle Un château en Italie et on dit de lui qu'il poursuit une veine autobiographique. La cinéaste s'est donné le premier rôle aux côtés de Louis Garrel, Filippo Timi, Xavier Beauvois et... de sa vraie mère !

(c) Festival de Cannes / L. Otto-Bruc
Ne cherchez plus le chouchou du Festival ! Paolo Sorrentino y présente cette année son sixième long-métrage et les quatre précédents avaient déjà été sélectionnés. Pas de vraie surprise à attendre côté casting du personnage principal: La grande bellezza met en scène l'acteur fétiche du réalisateur italien, Toni Servillo. Il serait question d'un prestigieux écrivain, saisi tout à coup du sentiment de tourner en rond dans une vie qu'il croyait fastueuse. Du désenchantement dans un monde brutal ? Le film, lui, en aurait déjà conquis plus d'un.

(c) Festival de Cannes / T. Delange
Steven Soderbergh, lui, n'a plus besoin de courir après la Palme. Il l'a obtenue en 1989 avec son tout premier film ! L'oeuvre qu'il est venu présenter cette année s'appelle Ma vie avec Liberace. Fait inédit dans l'histoire du Festival: c'est en fait un téléfilm, que le cinéaste destine tout d'abord à la chaîne américaine HBO. Autre "détail" intéressant: c'est probablement le dernier long-métrage de son auteur avant une pause annoncée, à durée indéterminée. Michael Douglas est ici l'amant de Matt Damon. La surprise de Cannes 2013, qui sait ?

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Une précision "technique":
Je ne tire aucun bénéfice financier de ce blog, mais, à la demande des photographes concernés ou de leurs représentants, je peux légender autrement les photos que j'ai utilisées ou les supprimer.

mardi 21 mai 2013

Même pas drôle !

J'ai commencé ce blog en me disant que je n'arriverai jamais à noter un film. Les étoiles que j'attribue désormais ne permettent même pas de faire une hiérarchie. Elles illustrent plutôt le ratio entre l'attente que j'avais au moment de découvrir le film en question et ce que j'ai finalement perçu. Il se trouve qu'aujourd'hui, je n'arrive pas à faire preuve de nuance et que je suis obligé de constater que je ne suis pas déçu. Juste un peu blasé de me sentir presque obligé de souligner ici que, comme je l'avais lu, Les amants passagers n'est pas un bon film.

Pedro Almodovar, l'ami, sur ce coup, tu m'as déçu ! Bien qu'échaudé par la critique, je t'avais quand même fait confiance et je m'étais promis d'aller voir ton dernier opus sans a priori. J'étais même entré dans la salle avec un groupe d'amis et, parmi eux, j'étais content qu'on puisse compter sur l'une de tes compatriotes, vieux ! Et vlan ! Quand je suis sorti du cinéma, mes espoirs d'un échange culturel transfrontalier étaient morts depuis longtemps. Je n'avais rien envie de dire de plus sur Les amants passagers. Et pas envie non plus d'avoir l'avis des copains, de leur dire: "Et vous, vous avez aimé ?". D'emblée, j'ai préféré zapper, tout oublier, me dire que j'allais bientôt voir un autre film et que je pourrai dès lors passer le tien au compte des pertes et profits. Pedro, sincèrement, pourquoi m'as-tu fait ça ?

Chers lecteurs, sachez-le: c'est du fait que je le connais encore mal que j'accorde finalement au réalisateur ibérique le bénéfice du doute. Allez, ouais, admettons qu'Almodovar ait voulu se faire plaisir ! Il l'a dit à la télé, en français dans le texte et avec un sourire Ultra Brite vers son intervieweuse: "Je ne changerai pas... à mon âge !". Admettons. Dont acte, Pedro. Alors j'assume, moi aussi: Les amants passagers est une comédie qui ne m'a qu'à peine arraché un sourire. Enfermer une dizaine de personnes dans un avion incapable d'atterrir pour filmer leurs réactions aurait pu être jubilatoire. Sachant qu'il est simplement question d'histoires de cul, j'ai trouvé que ça ne volait pas haut. Pire que répétitif, le film s'avère tout à fait consensuel. T'as toujours des cojones, Pedro ? OK. La prochaine fois, montre-les !

Les amants passagers
Film espagnol de Pedro Almodovar (2013)

Une étoile pour l'idée de départ, une demie autre pour dire le respect que j'ai tout de même pour le réalisateur... et je passe à autre chose. En introduisant de la guimauve au milieu du sexe cru, ce film-là passe vraiment à côté de la cible. Et ce serait en fait une représentation symbolique d'une Espagne déboussolée ? Je n'arrive pas à gober ça. Comment ? Vous insistez ? Moi aussi. Une dernière fois. C'est raté !

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Et si vous n'êtes toujours pas convaincus...
Pascale ("Sur la route du cinéma") pense globalement la même chose. Dasola ("Le blog de Dasola") ne s'emballe pas non plus. Comme quoi...

lundi 20 mai 2013

Cannes en deuxième semaine

Avez-vous profité du week-end pour découvrir l'un des films présentés à Cannes cette année ? Moi, non, et ce n'est pas au cours de ce lundi de Pentecôte que je vais me rattraper. Comme promis, je propose toutefois d'évoquer sans attendre davantage les quatre autres films en lice pour la Palme d'or présentés samedi et dimanche. Il y en a déjà que j'attends avec une certaine impatience, je dois bien le dire.

(c) Festival de Cannes / G. Thierry
J'espère ainsi, et au moins, que Like father, like son pourra profiter de son exposition cannoise pour trouver un distributeur français. Jusqu'à présent, Hirokazu Kore-eda m'a toujours séduit: le réalisateur japonais est un homme d'une grande sensibilité. J'aime le voir filmer de petites choses insignifiantes pour s'attacher à une réalité tangible. J'apprécie également la manière dont il dirige les enfants. Il signe cette fois un film autour du sentiment de paternité. Certains critiques parlent d'une Palme de l'émotion. D'autres jugent le tout trop linéaire.

(c) AFP
Paradoxe: même s'il a déjà tourné huit longs-métrages, j'ignore tout d'Arnaud Desplechin. Son nouvel opus m'apporte juste la confirmation d'un pressentiment: le cinéaste est plutôt fidèle à Mathieu Amalric. Jimmy P. - Psychothérapie d'un Indien des plaines marque en fait leur cinquième collaboration. Je ne suis pas sûr de m'intéresser vraiment à ce qui semble être le récit de la conversation-consultation d'un homme traumatisé par la guerre avec son thérapeute. Il paraît néanmoins que Benicio del Toro rend ce film très bavard assez réussi.

(c) Festival de Cannes / L. Otto-Bruc
Des réalisateurs en compétition cette année, Alex van Warmerdam est sans doute l'un de ceux que je connais le moins. C'est d'ailleurs seulement la seconde fois qu'il est invité sur la Croisette, la première datant de 1998. Borgman - son huitième long - est aussi le premier qu'il présente dans la course à la Palme. Il a pour personnage principal un vagabond qui s'insinue doucement dans la vie d'une famille bourgeoise. Les premières critiques évoquent une oeuvre teintée d'humour noir. Un ailleurs entre Haneke, Pasolini et les frères Coen.

(c) Festival de Cannes / T. Delange
Coïncidence ou non, les frangins étaient également à Cannes hier ! Palmés dès 1991, déjà récompensés de trois Prix de la mise en scène sur la Croisette, Joel et Ethan ont débarqué avec un film musical. Inside Llewyn Davis s'inspire, je crois librement, de l'ambiance folk de Greenwich Village dans les années 60. Assez méconnu, Oscar Isaac y joue parait-il un personnage à la fois drôle et touchant. Les avis venus du Festival semblent globalement positifs à ce stade et je suis convaincu du talent des Coen pour transcender le banal. À suivre...

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dimanche 19 mai 2013

En route vers demain

Je le dis tout net: à défaut d'être franchement innovant, Les Croods demeure un très sympathique dessin animé en images de synthèse. Un temps à la traîne, Dreamworks continue de tutoyer les sommets d'efficacité narrative atteints par Pixar. Si la "guerre" des studios consiste à créer pour émerveiller chaque jour davantage, le public n'aura qu'à se réjouir de la saine émulation qui semble devoir régner entre les deux grandes maisons américaines. Et même si ce n'est plus vraiment de mon âge de regarder ce genre de films, je n'ai pas envie de bouder - et/ou de taire - le bon plaisir que j'y prends. Non mais !

Les Croods ? C'est le nom d'une famille de l'âge des cavernes. Ère biologique oblige, ces hommes et femmes d'allure primitive vivent enfermés la plupart du temps, inquiets du mauvais sort que le monde extérieur est susceptible de leur réserver si jamais, erreur jugée fatale, ils oubliaient une seconde d'avoir peur. Dans ce micro-groupe d'allumés, seule la jeune Eep aime trop la lumière pour lui résister. Conséquence: elle fait tout pour en profiter le plus longtemps possible et ose donc, un beau soir, défier les ombres de la nuit. C'est ainsi qu'elle rencontre Guy, un garçon solitaire, peut-être pas très prudent, mais un peu plus malin que le commun des mortels. Sans tenir compte des consignes paternelles, Eep ouvre la porte à l'évolution. Le film profite de l'occasion et livre son gentil message humanisto-écolo...

Et il le fait bien ! Les images qui illustrent aujourd'hui ma chronique ne donnent qu'un minuscule aperçu de l'incroyable qualité graphique du long-métrage. Outre sept personnages principaux, les animateurs de Dreamworks ont créé un monde préhistorique empli d'imagination et de couleurs, un bestiaire XXL dopé à l'inventivité. L'intrigue évolue en quasi-permanence, assez linéaire, c'est vrai, mais entrecoupée d'innombrables petits gags ou grands moments de n'importe quoi. Honnêtement, il se passe toujours quelque chose à l'écran, a fortiori quand, en 3D, l'image semble s'enfoncer dans la salle. Les Croods nous emmènent avec eux, en route vers demain, comme ils disent. Leur aventure s'offre aussi des références au monde contemporain. Amour, entraide et audace: c'est naïf, certes, mais ça fait du bien !

Les Croods
Film américain de Chris Sanders et Kirk DeMicco (2013)

Des deux réalisateurs, je ne connaissais que le premier: il avait co-signé le très chouette Dragons. En attendant d'en savourer la suite l'année prochaine, il n'est bien sûr pas interdit de remonter le temps avec Dreaworks. Ma préférence va à la franchise Kung-fu panda. L'automne prochain devrait nous permettre de faire connaissance avec Turbo, un escargot adepte de courses de sprint. Ça promet !

samedi 18 mai 2013

Cannes, premiers retours

Sachez-le: je n'ai certainement pas la prétention d'évoquer le Festival de Cannes dans ses plus petits détails. Si j'ai voulu en rendre compte de manière un peu plus complète cette année qu'au cours des éditions précédentes, j'ai opté pour un suivi des vingt long-métrages en lice pour la Palme d'or. Pas trop le temps, ni les moyens, d'aller plus loin. Qu'importe, ai-je pensé, il me reste ma plume, faute d'accréditation !

(c) AFP
Hors-compétition, cela m'a d'abord motivé à m'intéresser au film d'ouverture, le très attendu Gatsby de Baz Luhrmann. Je ne vois pas ce qu'on peut faire de mieux qu'organiser une montée des marches avec Leonardo DiCaprio pour réaffirmer haut et fort l'éternel aspect glamour de la manifestation cannoise. Une fois les paillettes retombées, il semble que le film n'ait que très moyennement séduit les festivaliers. Trop de clinquant et pas assez de fond, dit-on. J'irai bientôt en juger par moi-même: la sortie en salles a eu lieu mercredi.

(c) AFP
Pour découvrir la nouvelle oeuvre de François Ozon, il faudra attendre jusqu'en août, apparemment. Le prolifique cinéaste français a offert son tout premier premier rôle à Marine Vacth, comédienne débutante, déjà aperçue chez Cédric Klapisch et Alexandre Arcady, notamment. Jeune et jolie: le titre choisi pourrait laisser penser à une bluette romantico-kitsch. Ce serait une erreur d'y croire vraiment. Découpé en quatre périodes, le film évoquerait les plaisirs d'une jeune femme décidée... à se prostituer. Déjà un relent de souffre sur la Croisette.

(c) AFP
Heli - du réalisateur mexicain Amat Escalante - n'est pas plus tendre. Ouvert sur une scène de pendaison, le film serait au contraire porteur d'une grande violence, fidèle en cela à la réalité de son pays d'origine, d'après les explications de son auteur. Le long-métrage a pour héros des enfants et adolescents, enlevés sur fond de règlement de comptes entre narcotrafiquants. D'aucuns jugent que le ton utilisé demeure beaucoup trop complaisant pour être honnête. Je ne suis pas très sûr d'avoir envie d'aller vérifier. Ou disons que ce n'est pas ma priorité...

(c) AFP
D'ici quelque temps, je devrais vous parler d'un film du cinéaste chinois Jia Zhang-ke. De retour au Palais des Festivals, il y est venu cette année présenter A touch of sin, son dixième long-métrage. Lui qui est aussi documentariste s'intéresse également à la violence. C'est, si j'ai bien tout compris, le thème majeur qu'il a choisi d'illustrer dans sa nouvelle oeuvre, en suivant quatre destins. Moraliste par certains aspects, ce nouvel opus renfermerait toutefois des fragments de poésie et d'humour. Bon, après tout, pourquoi pas ?

(c) Abaca
S'il y a bien quelque chose dont je suis absolument convaincu aujourd'hui, c'est de mon envie profonde de retrouver le cinéma d'Asghar Farhadi. Le réalisateur iranien est venu tourner en France ! Le film y est sorti hier et, parmi les festivaliers cannois, Le passé paraît déjà très apprécié. Je peux supposer que ce sera une tragédie assez âpre, compte tenu de la connaissance que j'ai du cinéaste. N'empêche: cette histoire de divorce transnational m'attire beaucoup. Je suis vraiment impatient d'y revoir Tahar Rahim et Bérénice Bejo.

(c) Corbis
Et pendant ce temps-là, le jury, lui, poursuit sa haute mission cannoise. Steven Spielberg et consorts ont encore seize films inédits à se mettre sous la dent, les veinards ! Je vous en reparle très vite. J'aime les mots du président: "Cannes n'est pas une compétition. Plutôt la confrontation de sujets et de cultures différentes à travers la célébration du cinéma". Je vous laisse donc méditer là-dessus...

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vendredi 17 mai 2013

L'ennemi canadien

Il faut pouvoir se souvenir du monde d'avant Ben Laden pour goûter Canadian Bacon à sa juste valeur. Le polémiste Michael Moore signe avec ce drôle de film son unique oeuvre de fiction. Il ose imaginer l'embarras d'un président américain d'après la guerre froide, incapable de trouver un ennemi susceptible de justifier un nouveau conflit. L'ennui, c'est que, comme vous le savez peut-être, le bellicisme demeure le seul moteur de popularité pour les pontes de Washington. Faute de mieux, il faudra donc bien guerroyer contre... le Canada !

Titre du film, Canadian Bacon est aussi celui de l'opération militaire qu'il évoque à très gros traits. De nombreux clins d'oeil parsèment cette pantalonnade, ce qui laisse au moins penser que Michael Moore a bien étudié son manuel du parfait petit comique. Le long-métrage n'a certes rien de désopilant, mais je me suis tout de même trouvé souriant à plusieurs reprises. Mention spéciale à la séance diapos dédiée aux ex-adversaires, morts ou neutralisés, où Leonid Brejnev côtoie Manuel Noriega et Jane Fonda ! Cette seule vanne vous donne une idée du niveau des blagues du long-métrage: ça ne vole jamais vraiment plus haut. Et, dans la version française que j'ai eu l'occasion de découvrir, les Canadiens ont tous un accent québécois franchement outrancier... amis de la finesse, passez votre chemin !

Les cinéphiles, eux, ne manqueront donc pas de pointer quelques-unes des références citées par le film. À la condition donc de ne pas le prendre au sérieux, le long-métrage est bien trop court pour être ennuyeux. Cela dit, il a fait un bon gros flop au box-office américain, avec moins de 180.000 dollars de recettes pour 11 millions de budget ! Anecdote inattendue: il fut toutefois projeté en France lors du Festival de Cannes 1995, dans la sélection Un certain regard. Après son passage sur la Croisette, il ne parvint pas à marquer davantage les esprits du public hexagonal, ne cumulant, si j'en crois mes sources, qu'à peine... 905 entrées. Canadian Bacon reste donc un film étrange à plus d'un titre, un peu trop léger pour être culte. Peut-être aussi, paradoxalement, est-il arrivé un tantinet trop tard...

Canadian Bacon
Film américain de Michael Moore (1995)

Michael Moore n'a pas peur de rien ! Ici, le trublion ose parodier Docteur Folamour, s'inspirer d'une scène comique de La vie de Brian et se moquer gentiment de Rencontres du troisième type. Le tout reste cependant insuffisant pour porter le film à un nouveau sommet de fantaisie. Le cinéaste est meilleur dans le reportage. Dommage...

jeudi 16 mai 2013

Les promesses des jurés

Il est grand temps, je crois, que je vous dise deux mots de chacun des artistes qui ont l'honneur d'accompagner Steven Spielberg en tant que jurés de ce 66ème Festival de Cannes. Je n'ai pas suivi d'ordre particulier, mais, m'appuyant sur le fait objectif que les deux sexes sont ici à égalité numérique, j'ai tenu à alterner femmes et hommes. 

Vidya Balan
Cette actrice indienne a eu 35 ans le 1er janvier dernier. Elle travaille dans son pays depuis dix ans. Elle y a déjà reçu bon nombre de prix, sans pour autant démarrer une carrière à l'international. J'ignorais tout d'elle jusqu'à il y a quelques jours. C'est parti pour changer. Rappel: l'Inde lointaine est le plus gros producteur de films au monde. Précision: Cannes célèbre cette année les cent ans du cinéma indien.

Daniel Auteuil
Faut-il que je présente notre compatriote ? Pas sûr. On notera qu'après une longue carrière passée devant la caméra, ce garçon attachant est devenu réalisateur, décidé à reprendre des classiques pagnolesques. Prochaine étape cette année, en César dans un film qu'il dirigera donc lui-même. Daniel Auteuil avait reçu le Prix d'interprétation masculine à Cannes en 1996 pour Le huitième jour. Co-lauréat: son jeune partenaire trisomique, Pascal Duquenne.

Naomi Kawase
Elle aura 44 ans dans pile deux semaines. La réalisatrice japonaise connaît déjà le Festival de Cannes. Elle y a d'abord reçu la Caméra d'or du premier film pour Suzaku, en 1997. En 2007, elle était récompensée du Grand Prix du jury pour La forêt de Mogari. J'avoue humblement que je ne connais pas son cinéma, mais j'aimerais pouvoir le découvrir. Elle est également documentariste et écrivain.

Cristian Mungiu
Scénariste, réalisateur et producteur, ce Roumain de 44 ans touche volontiers à tous les aspects du cinéma. Il a notamment été l'assistant de son compatriote Radu Mihaileanu et de Bertrand Tavernier. Cannes lui a valu plusieurs prix, dont la Palme d'or du millésime 2007 offerte à 4 mois, 3 semaines et 2 jours. L'an passé, il a ensuite reçu le Prix du scénario avec Au-delà des collines, film qui a également consacré ses deux comédiennes principales d'un double Prix d'interprétation.

Nicole Kidman
Venue à de très nombreuses reprises sur la Croisette, la star australienne a participé trois fois à la compétition, sans y décrocher toutefois le moindre trophée. Son potentiel glamour et son vrai talent lui offrent légitimement une place de juré. Mais je ne serais pas surpris qu'on reparle par ailleurs de son futur rôle: Grace de Monaco !

Christoph Waltz
Apparu sur la télé autrichienne dès 1977, le Viennois doit sa notoriété internationale à Quentin Tarantino, qui lui a offert un rôle 100% taillé pour son bagou, celui du polyglotte commandant SS Hans Landa d'Inglourious basterds. Depuis lors, Christoph Waltz semble vivre une seconde jeunesse. Cabotin, ce garçon, mais tellement sympa !

Lynne Ramsay
We need to talk about Kevin: le dernier film de la réalisatrice écossaise est aussi pour moi celui de la découverte de son cinéma. J'avais apprécié le traitement visuel donné à cette histoire sordide d'adolescent psychopathe, retenue en son temps dans la sélection officielle pour la Palme d'or. Reste à découvrir le reste... et la suite. 

Ang Lee
J'ai l'impression que le cinéaste taïwanais ne fait pas l'unanimité. Tant mieux ! Moi, je voudrais me retourner vers ses origines et voir ses films asiatiques. J'ai souvent aimé ce que je connais de lui: Tigre et dragon, Le secret de Brokeback Mountain et L'odyssée de Pi. Avec Ang Lee, je peux dès lors dire que je pars désormais confiant.

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Samedi, j'ai prévu de rentrer plus concrètement dans le vif du sujet. J'ai également de quoi vous faire patienter d'ici là. Alors, heureux ?

mercredi 15 mai 2013

Cannes... à distance

Nous y sommes: aujourd'hui s'ouvre enfin la 66ème édition du Festival de Cannes. Je vous ai déjà dit que Steven Spielberg avait été désigné président du jury pour la sélection officielle en lice pour la Palme d'or. J'évoquerai demain les huit personnalités qui feront avec lui ce choix difficile. Il y a du beau monde ! Tout cela nous annonce un Festival franchement prometteur jusqu'au dimanche de la semaine prochaine.

Déjà présente l'an passé pour remettre la Palme, Audrey Tautou revient cette fois animer les cérémonies d'ouverture et de clôture. Pour ma part, j'ai choisi de suivre Cannes... à distance. J'ai voulu vous proposer un suivi quasi-quotidien du déroulé du Festival. L'idée est d'en reparler à peu près un jour sur deux jusqu'à sa conclusion. Mes billets cannois complèteront le fil habituel de mes chroniques.

La succession de Michael Haneke est donc ouverte. J'ai préféré aujourd'hui rester muet sur les films engagés dans la compétition, mais je note tout de même la présence importante du cinéma français. Palme d'or et Grand Prix confondus, notre pays est reparti onze fois vainqueur sur la Croisette, à égalité avec l'Italie, dix rangs derrière les États-Unis. Il est grand temps de remonter les marches !

lundi 13 mai 2013

Sac de noeuds

Après le second film d'un réalisateur prometteur, je me propose aujourd'hui de vous parler du premier long-métrage d'un cinéaste confirmé. Quand j'ai découvert Following (le suiveur), je considérais Christopher Nolan comme un artiste surestimé. Je n'avais apprécié son travail qu'à de rares occasions, alors que plusieurs de mes amis voient en lui l'un des meilleurs metteurs en scène de sa génération. Au bénéfice du doute persistant, j'ai tout de même voulu lui donner une autre chance. J'ai bien fait: son tout premier opus m'a satisfait.

Following (le suiveur) est de fait pour Christopher Nolan une oeuvre très personnelle. Il est ici scénariste, producteur et réalisateur. L'intrigue du film tourne autour de Bill, qui s'imagine dans les habits d'un écrivain et qui, pour trouver l'inspiration d'un possible roman, prend l'habitude de suivre les gens dans la rue. Sa démarche s'arrête souvent à la porte du domicile de ses "cibles": Bill ne fait rien d'autre qu'observer, même si, insidieusement, il commence en fait à prendre du plaisir à espionner autrui. C'est à cet instant précis que le scénario connaît un premier rebondissement. Repéré, le mateur se retrouve coincé en position inverse, obligé de rendre des comptes à sa victime supposée. Laquelle, plus maligne qu'il n'y paraît, l'entraîne aussitôt dans une série de cambriolages. À vous de découvrir la suite...

Un peu comme chez Hitchcock, on trouvera aussi ici une femme fatale, à tous les sens du mot. Le montage du film brouille les repères et en complique la perception: c'est bien tout l'intérêt de la chose. L'autre bon côté du film, c'est qu'il est court, moins d'une heure vingt générique compris. Le sac de noeuds compte plusieurs boucles successives, mais tout finit par s'éclairer dans les derniers instants. Croyez-moi: sans être génial, ce dénouement reste machiavélique. Christopher Nolan s'y entend suffisamment pour semer en chemin quelques fausses pistes qui ne pourront que ravir ceux qui prisent particulièrement les retournements de dernière minute. Construit patiemment sur des bases improbables, Following (le suiveur) retombe finalement sur ses pattes et ça peut faire très mal ! J'espère désormais, s'écartant de la voie toute tracée des blockbusters hollywoodiens de série, Nolan retrouve son flegme anglais originel pour nous offrir d'autres perles noires de ce genre. Wait and see.

Following (le suiveur)
Film britannique de Christopher Nolan (1999)

Grâce à des acteurs méconnus et à cause d'une image noire et blanc un peu abimée, le film fleure bon l'amateurisme - je le dis clairement avec respect et sympathie: il faut débuter un jour et d'autres l'ont fait avec moins de talent. J'insiste sur un point: je préfère ce "petit" film à d'autres du même auteur, Inception ou The dark knight rises. Avant ses prochaines propositions, il me faut découvrir Memento.

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À lire également sur le Net...

L'analyse comparative de mes amis de "L'oeil sur l'écran".

samedi 11 mai 2013

Chronique terrienne

Le fait que Tom Cruise soit scientologue n'a jamais, je crois, altéré l'idée que je pouvais me faire de ses films. Il me semble que j'ai toujours abordé son travail sans tenir compte de son idéologie, même si, bien sûr, l'image que je m'en fais n'est pas spécialement bonne. C'est en tout cas sans trop penser à cet aspect particulier que je suis allé voir Oblivion, le dernier film de la "star" hollywoodienne. Je veux ici saluer mon ami Jean-Michel, qui m'a motivé pour cette séance cinéma. Sans lui, j'aurais pu laisser de côté cet honnête blockbuster.

Je l'ai déjà dit: j'ai souvent des difficultés à aimer la science-fiction. Cela dit, plus je découvre des oeuvres futuristes, plus je m'aperçois que ce genre peut me plaire et confirme un critère d'appréciation établi en quelques occasions: il faut que, du futur fantasmé, je puisse tirer une impression pour le temps présent. Je reste trop cartésien pour perdre tous mes repères temporels, je crois. Bref: Oblivion m'a bien plu parce qu'il repose sur une situation que j'ai très vite admise. Sur une Terre ravagée par une guerre nucléaire et désormais désertée par les humains, un homme et une femme assurent la surveillance technique de stations énergétiques alimentant une station orbitale. Tom Cruise est Jack Harper, ouvrier spécialisé dans la maintenance de drones censés détecter et éliminer les dernières formes de vie extra-terrestres menaçant ce qui, sur Terre, sert encore à la survie de l'humanité. Il assume sa mission en toute efficacité et se contente finalement du bonheur de pouvoir rester sur sa planète natale. Jusqu'à un jour donné, où cette agréable routine se trouve enrayée...

Oblivion pose quelques vraiment questions passionnantes. Il s'écarte franchement de ces films d'action bruts de décoffrage, où le scénario se résume trop souvent à un duel du bien contre le mal. Je dis bravo au réalisateur Joseph Kosinski, qui signe ici l'adaptation au cinéma d'une histoire qu'il a lui-même écrite. Si sa conclusion manque un peu de noirceur à mon goût, je ne veux surtout pas oublier l'intelligence des thèmes abordés et la qualité d'écriture de l'ensemble. Il y a quelque chose d'incarné dans cette aventure, je trouve, et ça m'a fait plaisir de le ressentir sur grand écran. Le long-métrage dure un peu plus de deux heures et rebondit assez souvent pour éviter les temps morts. Il faut dire aussi qu'il est éblouissant sur le plan graphique ! Volontairement, j'ai choisi de ne pas trop en montrer pour préserver vos mirettes: amateurs du genre, vous allez en prendre plein la vue ! Avec ça, les acteurs passent rapidement à l'arrière-plan, Tom Cruise et Morgan Freeman compris. Il faut dire que la jolie Olga Kurylenko n'arrive pas à dégager grand-chose niveau émotion. J'ai trouvé nettement plus touchante la prestation d'une comédienne que j'ai d'ailleurs découverte à l'occasion: la Britannique Andrea Riseborough. Même s'il s'avère plus développé et donc peut-être un peu plus simple à jouer, cette autre "bombe" étaye son personnage de son charisme.

Oblivion
Film américain de Joseph Kosinski (2013)

J'ai découvert le cinéaste avec Tron l'héritage, remake du classique des années 80. J'ai donc vu toute sa filmographie à ce jour. Il est parvenu à m'intéresser à son travail grâce à l'extrême qualité graphique de ses oeuvres. Je crois savoir que désormais, il planche sur une suite à la saga Tron - et il est ma foi possible que j'y revienne quand j'aurai plus d'infos. J'espère qu'il se montrera ensuite capable de franchir un cap au niveau des scénarios. Bons débuts, à suivre...

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Et maintenant, pour aller dans l'autre sens...

Vous pouvez lire la chronique de Pascale ("Sur la route du cinéma").